A peine vient-il d’accompagner au piano la chanteuse Anne Calas au Théâtre des Déchargeurs que le chanteur Alain Klingler prend la relève depuis le 3 avril dernier, tous les mardis à 20h jusqu’au 12 juin prochain, dans ce petit théâtre du centre de Paris. Après des détours pop-électro-expérimentaux, Alain Klingler revient à la sobriété du piano-voix de ses débuts en revisitant le répertoire de ses quatre albums publiés entre 1996 et 2011. Durant cinq années d’un travail centré sur l’expérimentation de nouvelles esthétiques, j’ai eu le désir, à la suite d’une tournée au Canada où l’on me proposait de me produire en solo, de reprendre mes chansons écrites pendant douze ans. Je viens de la chanson à texte (Ferré, Barbara). J’ai fait mes débuts, comme on dit, dans des petits lieux. J’ai enregistré des disques, fait des premières parties, des festivals, France-Inter, bref, vécu le parcours classique d’un jeune chanteur. Et puis, j’ai découvert l’informatique, le son, les samples, Stina Nordenstam, et plus tard encore, John Cage, la performance, le théâtre contemporain, Yves-Noël Genod, la revue Mouvement and so on and so forth… Tout cela a bouleversé mon approche littéraire de la chanson nous confie-t-il, avant d’ajouter un peu plus loin concernant l’album piano-voix, « J’étais là / Avant » (voir le teaser) qui sort parallèlement à la série de concerts : Oui, c’est un best-of dans le sens que c’est mon best album car il y a vraiment quelque chose qui passe, me semble-t-il. Je n’ai pas grand mérite : le réalisateur Sébastien Riou m’a bien dirigé vers ce vers quoi il voulait que j’aille et je crois que c’est une bonne chose. J’ai retravaillé et réarrangé d’anciennes chansons dans d’autres tonalités, certains tempo ont été repensés. Il y a aussi des titres chantés sur scène mais jamais enregistrés comme « Lausanne » et quelques inédits.

Parmi ces inédits justement, on trouve un titre inspiré du film « Shame » sorti en 2011 avec Michael Fassbender, qui joue un drogué du sexe. La chanson s’appelle « Plus bas », texte d’Elisa Point.

Si le spectacle et l’album d’Alain Klingler ont pour titre « J’étais là / Avant », ce n’est pas seulement parce que ces mots font partie de la chanson « Le droit d’antériorité » ou parce que ce titre évoque le passé. C’est aussi une affirmation justifiée car avant la fameuse Nouvelle chanson française du début des années 2000, Alain Klingler était là. Il est passé sous la vague sans se noyer pour mieux revenir à la surface et à l’essentiel : la beauté, la précision, la simplicité et l’émotion.

Mathieu Rosaz

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