En 2019, Christophe a repris le tube de Corynne Charby « Boule de flipper ». Et pour sûr ! Puisque c’est Christophe lui-même qui a composé la chanson pour la chanteuse en 1986, sous son patronyme Daniel Belivacqua, sur un texte de Jean-Michel Bériat — déjà auteur du tube de Rose Laurens « Africa », ou co-auteur de celui de Julie Piétri, « Eve-lève toi ». Corynne Charby, âgée alors de 26 ans, qui brillait cinq ans plus tôt au cinéma dans « La chèvre » (et plus tard dans « Un été d’enfer »), et qui vient de publier sans succès une poignée de 45 tours — notamment signés Didier Barbelivien (« A cause de toi », « Ma génération », « J’t’oublie pas »), vient de refuser d’intégrer la troupe des Coco-Girls de Stéphane Collaro. Elle fait alors la connaissance de Christophe sur un gala, que ces premiers disques lui permettent de réaliser.

« Boule de flipper » entre au Top 50 le 29 septembre 1986 à la 39ème place, pour culminer sur la 17ème, le 18 octobre suivant. Au total, seulement dix-sept semaines de présence dans le classement, et pourtant une chanson devenue bien plus culte, que certains n°1 de l’époque déjà oubliés. Moderne et magnétique, Corynne Charby y évoque sa rupture douloureuse avec son ex qui l’a larguée comme un salaud. Elle exprime toute sa tristesse et sa souffrance à ce capitaine d’un bateau chanteur. Suivront le tube « Pile ou face » (Top 5 en 1987), le follow-up « Pas vu pas pris » (Top 39 en 1988), un album, et plus rien.

A 74 ans, Christophe a offert l’an dernier une nouvelle lecture à cette chanson, en duo avec Juliette Armanet (qui reprenait déjà « Y’a pas que les grands qui rêvent » de Melody en 2018), au sein du second volume de « Christophe Etc ». Un opus qui donnait suite au précédent volet, un disque de duos de reprises de ses chansons.

Le légendaire talent de Christophe, était d’avoir su réinventer de façon obsessionnelle les quelques chansons talismans qui ont fait sa gloire (« Les mots bleus », « Aline », « Les paradis perdus », « La Dolce Vita »…), au lieu de se contenter d’en être le porte-voix passif et nostalgique. Il collaborait régulièrement avec des artistes de l’ancienne et de la nouvelle génération.

Thierry Cadet