Govrache Merde chui prof 2016 - David Desreumaux

Govrache premier albumEn 2014, il décrochait le Prix du Public du 4ème Prix Georges Moustaki avec son EP « Le bleu de travail ». Que de chemin parcouru pour ce bonhomme originaire de la Manche – qu’il s’est retroussé depuis pour partir à l’assaut d’une multitude de scènes (parmi lesquelles la prestigieuse première partie de Grand Corps Malade au Festi’Val de Marne). Govrache en a aussi profité pour élaborer ce premier album : « Merde chuis prof ! ». Un disque qui sonne ! Mixé par Philippe Avril au mythique Studio Ferber, ingé son et producteur présent sur de nombreux albums références : de Zaz à Brigitte en passant par Klô Pelgag, mais surtout acolyte de Sanseverino. Le disque a été réalisé par Govrache et par Antoine Delprat et masterisé par Simon Lancelot.

Certains diront Sansé par ci, d’autres Jamait par là – certes, Govrache se revendique de la même famille, mais la comparaison peut s’arrêter là. Car au delà de certains thèmes et de la musicalité jazz manouche qui peuvent le rapprocher de ses aînés de chansonniers troubadours, la particularité et la force de l’interprète de « L’homme trottoir », c’est son timbre. Une forte identité vocale doublée d’une interprétation personnelle, reconnaissable entre mille. Alors oui, c’est drôle, souvent, car toujours empreint d’humour et d’esprit, avec cela dit plusieurs lectures. Le premier degré d’« Isabelle, Florence… » ou de « Fournitures » en duo avec Armelle Massonnet, laisse place à un second plus caustique avec « Les soldes » ou « Merde chui prof ! », mais aussi à une lecture beaucoup plus acerbe quand Govrache dépeint la vie étriquée des petites gens (« Comme un lundi », « Terminator ») ou tente un dialogue fort réussi entre un chien et son maître (« Vie de chien »). Govrache murmure à l’oreille des chevaux des moutons, surtout ce qu’ils ne veulent pas entendre.

Mais le Govrache qu’on préfère, c’est celui qui se fait douceur. Parce que la corde sensible de l’artiste est à fleur de peau. Govrache est doté d’une réelle puissance émotionnelle – allez l’applaudir sur scène, il vous tirera bien une petite larme, voire beaucoup plus. L’artiste nous le prouve à nouveau, avec « Fauteuil à bascule » (« T’y vois souvent ce gosse qui rit, qui pleure, qui gesticule, et puis qui grandit et t’abandonne dans un fauteuil à bascule ») ou sa délicieuse déclaration d’amour sur fond de slam à l’instru magique : « Ma femme » (« C’est difficile d’écrire sur elle, elle mérite mieux qu’un simple slam »). Un magnifique slam qui ouvre donc les possibles d’un album tout entier. Mon p’tit doigt m’a dit que…

Quoiqu’il en soit, avec ce premier opus, Govrache n’a jamais aussi bien porté son nom. Gavroche a grandi. Car si le fond reste intact, la forme s’émancipe de violon, de violoncelle, de contrebasse et de batterie, sans pour autant dénaturer son univers. Mention spéciale aux musiciens pour leur exemplaire musicalité : Antoine Delprat, Adrien Daoud, Erick Maunoury et Louise Leverd. A noter pour finir, une chanson courte (comme les appelle François Corbier – que Govrache a notamment croisé au Festival DécOUVRIR de Concèze) « Dans un bocal carré », et exercice ô combien périlleux : une reprise de Georges Brassens « L’orage », là encore réussie puisque son tour de force aura été de conserver la mélodie, tout en la réinventant. Bravo.

Thierry Cadet

Crédit photo : David Desreumaux

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