Joseph Leon vient de nous quitter. Le 21 février dernier, cet artiste franco-libanais de 43 ans, qui s’était distingué en 2009 avec la parution de son premier album « Hard As Love » — unanimement salué par la critique, s’est éteint. Wassim Mroué, de son patronyme, luttait depuis plusieurs années contre l’alcoolisme, lié entre autres à sa bipolarité. Et nous sommes d’autant plus touchés, que nous le connaissions bien Joseph chez Horscene ; il nous avait donné la primeur de ce qui restera sans doute, sa dernière interview. C’était en août dernier. Puis, nous avons été privilégiés sur un nouveau titre « Out of Bounds Remix », mis en ligne sur notre chaîne YouTube, à sa demande. Un vrai jusqu’au-boutiste, un généreux énervé, un passionnant énervant, complexe et violent, il était aussi un des plus grands amoureux de la vie confie Assaad Debs, son producteur.

Après avoir découvert la guitare électrique à l’âge de 13 ans, ce sont des mots – ceux de Bob Dylan, qui l’aideront à trouver sa voix. Fasciné par Neil Young et par Nick Drake, Joseph Leon s’oriente, en toute logique, vers… une carrière de droit. Mais la musique prend le dessus, et son album folk, il va l’enregistrer seul. Supervisant le mix, l’artiste trouve sur son chemin Benoit Rault, puis Hugh Coltman, le frère de cœur.

Son premier disque est une histoire décrivant la descente, le passage de la naïveté à la déception, la valse des trios impossibles (« One In, One Out ») et les fantômes qu’on peine à tuer (« Oh Man »). Un message collectif qui, de par ses arrangements riches mais sobres, parle à chacun comme une évidence. Suivra, quatre ans plus tard, son successeur : « The Bare Awakening ».

Joseph Leon travaillait sur un nouveau projet musical avec le DJ Marco Dos Santos. J’ai un projet avec Marco Dos Santos Ça serait de la scène, mais du clubbing, donc ça n’a rien à voir avec faire la première partie de Vincent Delerm, Francis Cabrel ou Ben Harper. Je compte composer en live, écrire les lignes harmoniques en live. Entre Daft Punk et The Kills. Je dirai des mots, j’aurai toujours un bouquin de poésie anglaise avec moi, y’aura des effets sur le micro, et je me servirai de la voix comme d’un instrument pour faire aussi des nappes, des sons ou des solos nous confiait-il, en été 2017.

Joseph Leon avait également l’ambition de réaliser un documentaire, « La musique, l’argent et le pouvoir ». C’est l’histoire de la production musicale de sa naissance à aujourd’hui. Une étude socio-économique de l’influence de la musique sur la société et vis-versa. L’envie d’écrire ce documentaire est le constat que je fais de la situation actuelle, qui est absolument catastrophique.

Thierry Cadet

📷: Marc de Sant

josephleon.net