Pour la deuxième année consécutive, Horscene était partenaire et membre du jury de ce festival Pic d’Or Paroles et Musiques de Tarbes, celui qui l’an dernier avait gratifié d’or les prestations live bien mérités de Scotch & Sofa (finalistes ensuite du Prix Georges Moustaki 2013). Une fois encore, et afin d’honorer la (déjà) 28ème édition de ce concours tarbais (ayant révélé notamment au fil des ans Manu Galure de Ptits T’hommes, Jérémie Bossone, ou Mary*), une presque trentaine de candidats sélectionnés sur environ 150 candidatures, se sont produits en live devant un jury composé d’Arnold Turboust (Président pour la troisième fois), Alain Navarro (festival Pause Guitare), François Alquier (« CD’aujourd’hui », Les chroniques de Mandor), Jean-Pierre Pasqualini (Platine, Melody), Stéphane Rigot (Directeur de la structure « Tarbes en Scènes »), Éric Lagarrigue (responsable du secteur des musiques actuelles au Conseil général des Hautes-Pyrénées), Anne Toujas-Marchand (professeur agrégée d’éducation musicale), et Thierry Cadet (Horscene, Melody, Prix Georges Moustaki). Pierre Domengès (DA de La Gespe à Tarbes) sera excusé pour raisons de santé.

Les membres du jury 2013 entourent la Présidente Corinne Labat

Passé Solveig, une sorte de GiedRé au premier degré, la fausse bonne idée d’Intuition (qui plus est annoncée), d’aligner un indigeste lot d’expressions de la langue française au sein d’un même texte, Loula B (au bassiste plus charismatique que la chanteuse), l’importation US du groupe Hum (à l’exubérante interprète venue spécialement d’outre-Atlantique pour l’occasion), ou Les Bijoux de Famille descendus en queue de liste à cause d’un texte (« Casino ») malheureusement inaudible – mais probablement dû à une question de non-balance sur les auditions, on retiendra le titre « La chemise blanche » (porté par un refrain fédérateur) du trio Appelez-moi Karim, et Idhem (dont les couplets de la chanson se sont révélés plus intéressants que le refrain à la rime facile Marguerite, mon ♥ s’effrite, reviens vite, et un tantinet trop haut perché pour l’artiste), la demi-finale nous a donné l’occasion de découvrir de nombreux talents.

Ce vendredi soir, de ceux qui malheureusement n’ont pas gagné leur ticket pour la finale du lendemain, sans démériter pour autant, on notera la voix rauque et hispanisante de La Jeanne (finaliste du Prix Georges Moustaki cette année), aux chansons efficaces sur disque mais qui n’auront pas convaincu sur scène, la voix écorchée vive de l’altermondialiste La Goutte, la poésie de Je Rigole (demi-finaliste du Prix Georges Moustaki 2013), le swing ensoleillé de Marius, pour autant trop proche de celui d’un Anis pour être personnel, Guillaume Barraband (qui n’aura pas séduit de son second titre interprété au piano à l’interminable gimmick j’écoute un vieux…) ou l’espiègle Garance (demi-finaliste du Prix Georges Moustaki 2011), forte à l’aise pour introduire ses jolies chansons, mais qui se soir-là sera recalée au profit de Maeva, plus originale.

Samedi 25 mai. L’intérêt et l’enjeu pour les candidats se sont accrus sur la finale, puisque les chansons présentées étaient cette fois au nombre de deux, avec comme l’an dernier un regain d’originalité et de modernité. L’étau se resserrant, seuls 10 artistes ont eu la possibilité de monter sur scène. Présentée par Éric Bentahar (Pyrénées Infos), la soirée débutera par le fantaisiste et cynique Tony Melvil (on pense notamment à Matthieu Boogaerts). Une belle révélation scène (ses morceaux y prennent assurément plus de vie que sur disque) que ce jeune homme originaire de Lille,  à la fine écriture et instrumentiste de grand talent (que justifieront de brillantes interventions au violon samplées les unes aux autres via sa pédale disto). « Émilie » nous avait déjà convaincu la veille, « 3m2 » (une très bonne idée de texte) ne viendra que confirmer l’essai et enfoncer le clou.

 

Jesers décroche le Pic d’Argent (et Prix du Public)

Jesers entre ensuite énergiquement sur les planches du Théâtre des Nouveautés armé de son simple flow, limpide, slamé – mais pas que, en témoignera son second titre raggaïsant qui soulèvera la salle (pas évident en début de soirée). Pari réussi donc, de ses positives, sincères et touchantes idées et de son indéniable musicalité. Accompagné par le dynamique Marc Geschickt à la guitare, ce jeune papa mulhousien aux origines capverdiennes et sénégalaises (la finale se jouera le soir du premier anniversaire de sa fille) laissera le public tarbais tout sourire. Résultat : un Pic d’Argent au  d’or, doublé d’un Prix du Public. L’émotion est à son comble lors de la remise des prix.

Simon Autain, notre chouchou sur la demi-finale, a choisi (à tort ?) de ne réitérer aucun morceau présenté le vendredi. « Tu t’es noyée » nous avait pourtant bouleversé, mais Simon ne jouera pas ce soir-là la carte de l’émotion. C’est toujours auréolé d’un halo de lumière que nous percevons le jeune homme de 24 ans, entré en scène afin de se pourvoir de deux nouveaux titres, up-tempo cette fois, toujours défendus au piano. Le premier traite du thème des chanteurs morts – de ceux qui vendent plus de disques de mp3 après leur disparition. Si l’introduction sonore reprenant les annonces médiatiques de divers décès, d’Elvis Presley à Amy Winehouse, est un beau clin d’œil, l’artiste taxera le public (pourtant attentif) de public mort. Une maladroite insolence qui assurément le desservira. La seconde chanson soulignera l’une de ses références musicales, les frères Wilson des Beach Boys. Le jeune homme, captivant, que nous avions déjà repéré en février dernier, magnifique d’angélisme et extrêmement touchant, ira très loin. Nous en reparlerons, assurément.

Belle révélation féminine ensuite que Leïla Ssina. A la rédaction, nous connaissions déjà certaines de ses chansons, mais force est de constater que son univers s’est fortement étoffé depuis. La chanteuse, envoutante, nous gratifie d’un mutin « LGDM (La gueule du monde) », magnifié par les arrangements de ses deux musiciens Édouard Coquart (acolyte de Nicolas Nourrit) à la basse, et Laurent Avenard-Kohler à la guitare, qui installent instantanément un climat. Les trois artistes transpirent une envie de faire différent. La voix jazzy de Leïla sur fond de musique d’inspirations world, fait son et sens, naviguant avec aisance sur des mélodies qui pourraient facilement trouver place sur les ondes. « L’hiver en été » en écoute sur sa page Noomiz (titre on ne peut plus de circonstance) ne nous contredira pas. Qu’on se le dise.

Place ensuite à la jeune Manon Tanguy, 20 ans au compteur, déjà finaliste l’an dernier sur le Pic d’Or (et demi-finaliste du 3ème Prix Georges Moustaki). Si la chanteuse était repartie bredouille en 2012, elle s’octroie cette année le Prix de la Musique Sacem, en partie grâce à l’inédit « Somniloque » qui a su convaincre le jury. Toujours épaulée par son fidèle bassiste Lolo, et nouvellement soutenue par la violoncelliste Jenny, les mots sont là, justes, matures, l’univers doux pervers, l’émotion palpable. Nous l’avions déjà souligné l’an dernier, cette jeune femme ira très loin elle aussi, l’avenir est devant elle.

Nous sommes à la moitié de cette finale 2013, quand Virgule (elle aussi demi-finaliste du dernier Prix Georges Moustaki en date) entre en scène, accompagnée de sa seule guitare ; ce qui la rendra touchante, certes, car mise à nue, mais qui l’amoindrira de ses mystérieux arrangements, de ceux qui subliment la réalisation de son premier EP « Les précieuses » (voir le clip). Les thèmes assumés sur les troubles des amours féminines seront défendus avec grande sincérité, caractérisant assurément l’artiste. Nous, un peu fou de la fille en face de nous, on ne peut s’empêcher d’entendre les orchestrations du disque en toile de fond.

Après trois années sans scène, la pétillante et dynamique Dyne s’installe au piano afin de dévoiler deux morceaux issus de son premier EP « A la tombée des nues » (un disque sur lequel ses chansons s’offrent une guitare et une contrebasse en plus). « Si tu l’as pas compris » d’abord, puis le magnifique d’harmonies « Danse avec moi ». Soulignons le timbre de voix de la jeune femme, et sa forte personnalité. Une belle découverte.

Le chanteur Guillo (à classer dans sa discothèque entre Cerino et Sébastien Lacombe), soignant aussi bien le fond et la forme (looké tel un troubadour des temps modernes, sa guitare en bandoulière) succède à Dyne en réajustant avec humour le pied de micro à sa hauteur (beaucoup de gens de petites tailles, on n’a pas tous les mêmes chances au départ… moi, je n’ai pas de cheveux). S’en suit « Le chien de la fille » contant habilement le quotidien d’une prostituée boulevard des Maréchaux dans le regard de son chien, posé sur le siège avant du véhicule. Un texte écrit par Pierre-Yves Lebert (Axel Bauer, Daran, Faudel, Pascal Obispo, David Hallyday, Maurane, Patricia Kaas ou Michel Sardou). Enfin, les chansons « Dix doigts demain » (interprétée le soir de la demi-finale et créée par Aurélie Cabrel sur son premier album) et « Si j’étais Marty McFly », un retour vers le futur passé sur le seuil de son enfance qui nous touchera en plein cœur, jusqu’à nous tirer les larmes, sont toutes deux écrites par Guillo, méritant aisément son Prix du Texte.

 

Askehoug remporte le Pic d’Or 2013

Escroc pour certains, génie pour d’autres, Jean Rochefort Askehoug divise. La balance penchera pour autant en faveur des seconds puisque l’artiste – déjà auréolé du Prix du Jury du 3ème Prix Georges Moustaki, et du Coup de cœur de l’Académie Charles Cros, épinglera ce soir-là une distinction de plus à son palmarès : Pic d’Or 2013 ; succédant ainsi à Scotch & Sofa. Son désormais classique « Je te tuerai un jeudi » (piano/voix) et « Du style » (guitare/voix) sur les auditions, puis la demi-finale, laisseront place une prestation plus théâtrale que chanson. Mais qu’importe ! Le pari risqué se révèlera payant. Matthieu Askehoug le cabot (d’habitude accompagné sur scène par ses musiciens) convaincra le jury qui lui décerne la palme d’or.

C’est pas facile de passer après Docteur House (dixit la candidate suivante), cet électron libre trublionnesque ; et pourtant Maeva, malgré le trac, relèvera haut la main le défi. Si « A ma santé » nous avait paru maladroit dans sa structure et son écriture lors des sélections, bien nous a pris de lui laisser sa chance. La chanteuse, tout sourire, se révèlera plus que jamais sur cette finale, avec des textes profonds et ludiques à la fois (on adore la mélodie et les mots de « La nouvelle ère »), une présence ensoleillée, et une parfaite maitrise vocale – comme si le Pic d’Or avait donné des ailes à cette « Dame de  » – du nom de son premier EP.

Enfin, durant la délibération du jury, les spectateurs ont eu le plaisir de ré-entrer dans l’univers aérien des lauréats de l’an dernier, Scotch & Sofa, parfaits d’alchimie et de poésie (dévoilant même un inédit). Ré-entendre un ancien lauréat, ce fût aussi le cas la veille au soir lors des délibérations des demi-finales, en la présence de Govrache (Prix du Texte et Prix du Public 2012), un Govrache qui – une fois encore a su séduire la salle (et les journalistes présents) de sa plume aiguisée pleine de réalisme et d’humour.

Corinne Labat et Florence Cortes

Depuis quelques années maintenant, le pic atteint par cette manifestation des Hautes-Pyrénées frôle l’excellence en matière de candidats. La parenthèse était plus que jamais enchantée pour les artistes, le jury, le public et les organisateurs (saluons au passage le travail considérable fourni par les bénévoles, la nounou Florence Cortes en tête). Tous, comme l’an dernier, en sont ressortis de nouvelles étoiles (de la chanson) plein les yeux (et les oreilles).

La Rédaction

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