Scotch & Sofa

Depuis deux ans, Corinne Labat et Christian Garcia, les passionnés gentils organisateurs du Pic d’Or, ont repris le flambeau de la présidence de ce festival tarbais qui fêtait cette année ses 27 ans d’existence. Le Pic d’Or aura contribué à l’émergence de nombreux artistes, des Ptits T’hommes (Manu Galure) à Jérémie Bossone, en passant par Mary* lauréate 2011 qui s’est notamment distinguée depuis en première partie de Christophe Maé, ou au sein des « Talents Acoustic » de TV5 Monde – terminant sa course sur le podium. Le 25 mai dernier, ce ne sont pas moins de 24 candidats sélectionnés sur près de 150 candidatures qui se sont produits en live devant un jury composé d’Arnold Turboust, le Président, Alain Navarro (festival Pause Guitare), François Alquier (« CD’aujourd’hui », Les chroniques de Mandor), Pierre Domengès (DA de La Gespe à Tarbes), Stéphane Rigot (Directeur de la structure « Tarbes en Scènes « ), Éric Lagarrigue (responsable du secteur des musiques actuelles au Conseil général des Hautes-Pyrénées) et Thierry Cadet (Horscene, Melody, Prix Georges Moustaki).

Gérard Trémège (Maire de Tarbes), Christian Garcia et Corinne Labat

Une fois sorti des clones des Frères Jacques, Georges Brassens ou Liane Foly, l’intérêt s’est accru sur la demi-finale grâce à un regain d’originalité et de modernité. L’étau se resserrant, seuls 17 artistes ont eu la possibilité d’interpréter un second titre de leur répertoire, devant des spectateurs enthousiastes venus assister à la soirée. Ainsi, si seulement une dizaine ont accédé à la finale du lendemain, c’est sans déplaisir que nous avons découvert mieux encore de nombreux univers. Mention spéciale à Laetiket d’abord (déjà présente sur la finale 2011), une jeune femme au timbre de voix proche de celui de Rose, portée par la jolie mélodie de son « Super 8 » (arrangée des boucles de la bobine originale issue des 60’s et émanant de son sampler). L’Ombre de l’Efine (au visuel baroque fort bien défini) qui, malgré un second titre trop long et trop brouillon sans véritable mélodie et au débit trop rapide, avait réussi la veille, à nous charmer de son prédécesseur. La Clouée, à laquelle les fans de Juliette ne seraient pas insensibles, a malheureusement été desservie par un manque d’assurance et un univers encore trop bleu, malgré une voix très bien maitrisée (attention cependant à son dosage). L’univers de Pierrot Panse, charmant écorché vif aux titres aux constructions encore maladroites (le second morceau interprété nous a laissé sur une frustration, prenant fin au moment où il nous emportait réellement), ne demanderait qu’à grandir en vue de son indéniable et touchante sincérité. Enfin Donoré, seul représentant assumé de la variété avec une vraie chanson positive (« Maintenant »), très à l’aise et très souriant, malheureusement contrée par « Une histoire banale », un brin resucée, au thème sur l’adultère maintes fois traité.

Govrache

Samedi 26 mai. Place à la finale, présentée par Éric Bentahar, l’un des animateurs de Pic FM, gauche mais par conséquent drôle et attachant (c’est intéressant ce que vous avez derrière déclarera-t-il à l’accordéoniste d’une candidate, la musicienne répliquant au taquet et non sans humour c’est de la dynamite !, ou bien encore bel instrument, c’est une guitare non ? à un jeune bassiste). Une finale retransmise en direct sur la radio sus-citée. En lice, plus que 10 candidats qui interprèteront chacun deux titres. 10 candidats aux styles forts différents, et qui poseront un véritable dilemme au jury lors des délibérations. A commencer par Govrache (digne descendant de Jamait), qui la veille avait pris parti d’interpréter un slam, sans musique, alors que le règlement et les notations (sur la qualité mélodique, l’équilibre sonore ou les passages instrumentaux) demandent un accompagnement. Passé très proche de la disqualification à cause de sa prise de risque (justifiée par un cas de conscience avec sa guitare), force est de constater que le jeune homme, de sa plume aiguisée, tour à tour pleine de réalisme ou d’humour, à réussi à emporter l’assistance qui lui décernera le « Prix du Public ». Par ailleurs, Govrache repartira également ce soir-là avec les honneurs du jury, auréolé pour ses mots, d’un « Prix du texte ». Joli doublé gagnant pour un artiste passé si près de la sortie, la veille de la finale.

Emilie Marsch

Avant de se pencher sur les prix suivants, un petit tour d’horizon de ceux qui repartiront bredouilles. La très jeune Manon d’abord, au timbre de voix proche d’un Cœur de Pirate, et qui accompagnée de son bassiste Lolo, bluffera de sa déjà grande maturité d’auteure (le texte délicat de « Trois petits points » sur la pédophilie ne me contredira pas). A 19 ans seulement, l’avenir lui appartient. Poursuivons avec Chloé Laum qui malgré d’excellents musiciens, avec qui elle entretient une évidente complicité, et des arrangements plutôt chiadés, manque toutefois cruellement de mélodies (seule celle de « Madame conscience », pourtant brouillon, se rappelle à la nôtre). Alexandra Storti (en petite sœur musicale de Joyce Jonathan), quant à elle, sera la digne représentante de la région qui chante. La jeune femme charme instantanément de son élan de fraicheur et de spontanéité, malgré un réel manque de consistance niveau textes. La voix est posée, le timbre est personnel, il suffirait d’un rien. Le temps, probablement. Claire Danlalune, en véritable Marie Paule Belle des temps modernes, a rendu la salle hilare de ses mésaventures de proctologue ou du relâchement de son couple après des années de vie commune. Très à l’aise, la plume acerbe, il y a fort à parier que nous recroiserons très vite les tranches de vie de cette vraie nature qui mériterait plus grande reconnaissance. Idem concernant le groupe originaire de Caen, Patchamama. C’est oscillant entre l’énergie d’un groupe de festival (Tryo, La Rue Ketanou) et le phrasé classieux d’une Belle du Berry (Paris Combo), que la chanteuse Daisy Berthenet et ses comparses (Léo Chatelier, Sawa…) distilleront leurs énergiques mélodies (« Planer », « Les zonards »), emmenant la salle dans leur sillon. Du ska, du reggae, du folk, émanant du Nord de la France, que nous prendrons plaisir à ré-entendre ici ou là.

Rodrigue

Passons à présent au « Prix Sacem de la musique » décernée à la pétillante Emilie Marsh, et son acolyte Etienne Champollion. L’union faisant la force, si la chanteuse a le sourire dans la voix, une forte présence, et une fine construction des textes aux thèmes couillus et assumés sur les amours féminines, les subtils arrangements de son pianiste (ce soir-là également au xylophone) y seront pour beaucoup. Le « Prix d’interprétation » reviendra au fou chantant Rodrigue. Un univers décalé fort théâtral, à la manière d’un conte, porté par une forte personnalité à la voix tantôt frêle, rugueuse ou puissante, et abordant des thèmes originaux, des années 20 aux indiens. Le singulier jeune homme, accompagné de ses deux ravissantes Lady (Flapper ?) à la mise en scène ou aux percussions, fût captivant. Pour finir, les deux premiers prix seront attribués à Tomislav (« Pic d’Argent ») et à Scotch & Sofa (« Pic d’Or »). Si le premier a d’abord convaincu l’auditoire de son identité vocale (puissante et bluesy) et de son côté homme-orchestre (guitare, harmonica, batterie), soutenus par la mélodie addictive de « Tourner les talons », il a ensuite mis tout le monde d’accord sur « Je suis là », tellement l’émotion palpable planait dans la salle du Théâtre des Nouveautés. Le texte, relatant le quotidien d’une petite fille sous les bombardements d’un pays en guerre, touche en plein cœur. L’artiste lui-même semblait par ailleurs bouleversé et habité par ses propos, en soufflant sur la bougie de sa petite lanterne, posée là, sous un ciel bleu et pur. Un très grand moment (voir sa prestation). Car si Scotch & Sofa ont remporté à l’unanimité ce titre de « Pic d’Or », les autres finalistes n’auront en rien démérité, surtout quand on connait la difficulté que c’est d’entrer dans son répertoire en deux morceaux seulement. Chloé Monin et Romain Preuss de leurs patronymes (Scotch & Sofa), ont fait preuve ce soir-là d’une douce poésie et d’une planante musicalité (on pense notamment à Camille). Un univers aérien sublimé de mots qui sonnent et de richesses harmoniques, porté par la grâce de la chanteuse à la voix techniquement parfaite (justesse, placement) ; elle-même contrebalancée par le côté brut de son guitariste/beatboxer (voir leur prestation). Ne dit-on pas que l’union fait la force ? Une complémentarité essentielle (du son et du sens) à leur victoire. On reparlera de Scotch & Sofa. Assurément.

Tomislav

Pour finir, durant la délibération du jury, les spectateurs ont eu le plaisir de ré-entendre la lauréate de l’an dernier, Mary*.  Un set live énergique d’une demi-heure, pour cette artiste impulsive, sincère et passionnée au phrasé personnel, à ranger dans votre discothèque quelque part entre Melissmell et Fred. Néanmoins, sa musique peu variée mériterait des chansons fortes aux vraies mélodies. Le fond est là, ne reste plus que la forme. Quoiqu’il en soit, cette soirée aura visiblement touché un pic encore jamais atteint ; les artistes, le jury, les organisateurs et le public, en sont sortis redescendus, doucement, des étoiles plein les yeux.

La Rédaction

Crédit photos : pixbynot.com

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