A l’occasion de la 65ème édition du Grand Prix Eurovision de la Chanson qui se tiendra samedi 22 mai prochain, à Rotterdam, nous avons rencontré Jean-Paul Cara le compositeur de la dernière chanson à nous avoir permis de remporter le concours, « L’oiseau et l’enfant » en 1977 – mais aussi de « 1, 2, 3 » pour Catherine Ferry en 1976, « Papa pingouin » pour Sophie & Magaly en 1980 (n°1 en 2006 par Pigloo) ou « Humanahum » pour le tahïtien Jean Gabilou en 1981. Il revient pour Horscene sur les grandes années de l’Eurovision, évoque Twin Twin, Conchita Wurst ou Lisa Angell et son projet de comédie musicale intitulée… « L’oiseau et l’enfant ».

Horscene : L’édition 2014 (une année maudite qui restera dans les annales) a pour la première fois fait toucher le fond à nos représentants. Le groupe Twin Twin a terminé sa course bon dernier avec « Moustache » (voir sur ce lien). Il s’agit du pire classement français de l’Eurovision ; jamais la France n’avait été dernière auparavant. Comment expliquez-vous une telle claque ?

Jean-Paul Cara : Je pense tout simplement que la chanson n’était pas bonne. On oublie que c’est le concours Eurovision de la Chanson. Il faut avoir une bonne mélodie : c’est ce que l’on retient tout de suite. Il faut avoir un bon texte et un bon ou une bonne interprète qui chantera le texte avec émotion.

HS : Pourtant, quand on reprend le classement français, en 2008 Patricia Kaas a terminé 8ème, Sandrine François 5ème en 2002, Natasha St-Pier 4ème en 2001, mais aussi Joëlle Ursull, Amina, Fanny, Nathalie Santamaria ou Patrick Fiori qui ont intégré le Top 5 durant les années 90 (voir sur ce lien). Ne pensez-vous pas que les médias et le grand public en général ne retiennent que les échecs ?

JPC : Non, les médias ne retiennent pas que les échecs ; quant au public, je pense que c’est lui qui a le talent. Tant que c’était lui qui décidait, rappelez-vous du Concours de la Chanson Française. On présentait des chansons au public et c’est lui qui votait par SVP lors de plusieurs émissions à la télé, et désignait la chanson qui représenterait la France. La France se classait toujours bien. J’en suis la preuve (ndlr : Le public a pourtant choisi Nayah, Sofia Mestari, Ortal, Les Fatals Picards, Twin Twin, et même Madame Monsieur ou Bilal Hassani). Mais je tiens à souligner que nous ne sommes jamais seuls dans la réussite d’une chanson. J’ai toujours eu de très bonnes équipes. Pour « L’oiseau et l’enfant », le regretté Joe Gracy, Les Fléchettes, Georges et Michel Costa, Raymond Donnez et la voix divine de Marie Myriam. Pour « 1, 2, 3 », Tony Rallo, les chœurs de Daniel Balavoine (ndlr : et du compositeur Jeff Barnel), et la chanson magiquement interprétée par Catherine Ferry. Pour « Humanahum », troisième prix Joe Gracy, Les Fléchettes, les Costa et David Springfield. Sans parler de Jean Gabilou, superbe interprète tahitien et international. Pour le « Papa pingouin », c’était pour le Luxembourg. C’est mon ami producteur allemand qui m’a proposé de le faire avec lui et je me suis entouré de monsieur Pierre Delanoë.

HS : Avez-vous proposé des chansons à France Télévisions ces dernières années ?

JPC : Non, je n’ai plus présenté de chansons depuis ! Sans le public, je n’ai plus la foi pour ce concours.

HS : Que pensez-vous de Conchita Wurst lauréate en 2014 avec « Rise Like A Phoenix » ? Est-ce une bonne chanson ?

JPC : Conchita Wurst j’y ai tout de suite cru. Pour mes amis et moi, il y avait tout. La chanson et l’interprétation.

HS : L’année suivante, Lisa Angell qui nous représente, se classe 25ème sur 27, avec quatre points (trois donnés par l’Arménie et un par Saint-Martin)…

JPC : J’aurais souhaité que Lisa Angell soit bien placée. Elle le méritait, elle fait ce métier depuis plus de trente-cinq ans, il aurait été bien qu’elle s’envole.

HS : Pour finir, où en est votre projet de comédie musicale « L’oiseau et l’enfant » ?

JPC : Mon projet de comédie musicale piétine car il faut beaucoup de fonds pour la monter et je ne vous cache pas que l’étiquette Monsieur Eurovision, hélas, dans notre beau métier, me fait de l’ombre. Cependant, maintenant que je rechante en concerts avec le public, le populaire – cette étiquette, leur fait honneur.

Thierry Cadet

facebook.com/jeanpaulcara